La Beaute du monde
« La beauté du monde », c'est le titre d'un livre que j'ai découvert ici, que la directrice du bureau français de Projects Abroad a laissé le camp. Un livre magnifique, sur un couple légendaire, Martin et Oda Johnson, les premiers à avoir filmé les animaux sauvages de l'Afrique, et du Kenya plus précisément, et à les avoir montré au public américain, avant que leurs films fassent le tour du monde. Mais plus qu'une autobiographie, c'est une leçon de vie. Et je me suis reconnue dans de nombreux passages. Des passages sur cette part de nous, rongée par le besoin de partir, de découvrir d'autres pays, d'autres peuples, d'autres mondes, où l'on se sentirait peut-être enfin nous même.
« - D'aussi loin qu'il m'en souvienne, je n'ai jamais eu d'autre idée en tête que partir... Comment expliquer, interrogeait Andrews, que certains d'entre nous naissent ainsi, rongés de nostalgie, à croire qu'une part d'eux-mêmes leur manque, sans laquelle ils ne peuvent vivre, et qu'il leur faut traquer, en vain, jusqu'au bout du monde ? (…) A moins, soupira-t-il, que nous ne naissions tous avec cette morsure au coin de l'âme mais que la plupart, par peur ou par sagesse, et c'est cela qu'on appelait grandir, n'en voulaient rien savoir... »
C'est drôle, je commence peut-être par comprendre ce sentiment qui m'a toujours habité, cette sorte de manque, comme si ma place n'était pas réellement dans une petite ville du Sud-Ouest de la France, mais ailleurs, peut-être même très loin ailleurs... et malgrès le fait de grandir, de devenir adulte, ce sentiment ne m'a jamais quitté. Il est même devenu plus fort, comme une obsession, il faut que je parte, que je me mette en quête de cette partie de moi qui me manque...
Et plus j'y pense, plus je me dis que le Kenya n'est qu'un début, qu'un avant goût de futurs voyages. Je ne suis pas encore rentrée en France, chez moi, là où j'ai grandi, là où une part de moi sera toujours, mais j'ai déjà envie de repartir. Ailleurs, moins loin, plus loin, je ne sais pas. Comme si le besoin de découvrir, de voir d'autres pays, d'autres cultures, devenait encore plus fort ici. Parce qu'en fait, la part de moi qui me manque n'est peut-être pas ici. Ou peut-être. Mais je ne suis pas au bon endroit. Parce que j'ai déjà envie de revenir dans ce pays, si différent mais si beau. Pour la première fois de ma vie, j'ai découvert la beauté du monde...
Et comme je sais qu'elle lira cet article, je voudrais encore remercier infiniment ma mère, qui m'a soutenu depuis le début dans mon projet de partir, qui m'a toujours entendu parler de partir, de voyager, de voir d'autres choses, et qui m'a toujours dit « Quoiqu'il arrive dans ta vie ma fille, n'abandonne jamais tes rêves... ». Et c'est ce que j'ai fait, je n'ai jamais abandonné.
« On rêve d'un enfant, on l'élève, quand il vient, du mieux qu'on imagine, on se sent prêt pour lui à tous les sacrifices, on veut le protéger, et on n'élève jamais qu'un étranger. Qu'on blesse sans le savoir, qu'on tient sans le savoir en cage, forcément dans celle de nos préjugés. Mais comment, dites-moi comment faire autrement ? Pour tous les parents, quand ils regardent leurs enfants, le monde est une menace. Pour les enfants, c'est une promesse... »
Oui, c'est exactement ça. Une promesse. La promesse de devenir nous-même.
« -Et toi, que veut tu faire plus tard ?
- Comme vous ! Partir. Vers... là-bas.
Et elle montra l'Ouest, les Grandes Plaines.
Comme elle paraissait grave en cet instant ! Pour elle, bien sûr, il n'y avait rien de plus important.
- Et tu le sais toi, pourquoi ?
La gamine avait secoué la tête en signe de dénégation.
Mais elle pense que moi je sais, se dit Osa. Que je saurai expliquer ce qui la tourmente, ne lui laisse pas de répit, l'appelle. Si elle savait ! J'ai été comme elle, se répéta-t-elle, le cœur serré. Pourvu que je ne l'aie pas déçue !
Il aurait fallu qu'elle lui dise mieux la beauté du monde. Pourquoi, quand on évoque un voyage, n'en raconte-t-on d'abord que les épreuves ? Alors que ce qui vous reste, à vous, le plus souvent, ce sont des moments où il ne se passe rien, où le monde vous vient comme une offrande – à la condition de se rendre transparent. Peut-être parce que ce reste-là, la seule chose vraiment importante, était indicible. »
« La Beauté du Monde », Michel LE BRIS
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