Au secours d'une girafe

05/10/2013 09:53

Je sais, l'article est un peu long, mais c'est une belle histoire... Et les belles histoires méritent d'être bien racontées ;)

 

La semaine dernière, il nous est arrivé quelque chose d'extraordinaire avec une de nos girafes, j'aurais jamais pensé vivre une chose pareille. Un matin qu'on avait activité avec les girafes (on les identifie et on note leur emplacement, leur nourriture, leur nombre etc...), on est tombés sur Jackie, une des jeunes femelles de la réserve qui attendait un petit, en train de mettre bas ! Je vous raconte pas l'excitation dans la Jeep, et je crois que le ranger qui nous accompagne à chaque fois était encore plus excité que nous ! On est resté un peu auprès d'elle, prenant des photos. Seules la tête et les pattes avant étaient sorties, et au bout d'un moment, quand on a vu qui se passait rien, on a préferé rentrer et la laisser seule, car elle était peut-être stressée par notre présence.

L'après-midi, le ranger est reparti patrouiller dans la réserve pour voir si la mise bas était fini, mais impossible de la trouver. Etait-elle cachée ? Sans doute ! Le lendemain matin, un groupe partait voir les girafes tandis qu'avec mon groupe on partait partouiller le long de la clôture. Quand on est revenus, l'autre groupe nous attendait avec une très mauvaise nouvelle : la mise bas n'avait pas eu lieu, le bébé est mort coincé dans le ventre de sa mère, et si elle arrive pas à l' « expulser » rapidement, elle va mourir. On faisait tous des vraies tronches d'enterrement... La veille, on fêtait une des victoires de la réserve, qui se bat pour protéger cette espèce ! La venue d'un bébé, c'est la récompense de leur boulot, et du boulot des volontaires qui se battent pour la préserver. Alors perdre un nouveau-né, c'est horrible. Et risquer de perdre la mère, c'est encore pire !!

L'équipe de la réserve a appelé les vétérinaires de la Kenyan Wildlife Service, un organisme qui gère les espèces sauvages du pays, et l'attente avant leur arrivée était bien longue. D'autant plus que notre chef, Tonny, nous avait annoncé qu'on allait tous être mis à contribution pour sauver Jackie. On se tenait tous prêts dans la salle commune, et quand on nous a annoncé le départ, un lien fort nous a soudainement uni, un esprit d'équipe indestructible.

Mais alors qu'on partait en Jeep, un violent orage s'est abattu, nous obligeant à stopper la Jeep et à s'abriter dans une vieille batisse en attendant que la grêle cesse. (Oui, de la grêle en Afrique, c'est possible!) On était tous tellement énervés ! Ce sale temps nous faisait perdre de précieuses minutes pour sauver notre girafe ! Une fois l'orage calmé, nous somme partis avec les vétos à la recherche de Jackie, qui a été vite trouvée. Les vétos ont alors préparé le matériel, et le fusil pour l'endormir. Puis ils sont partis. Et la, les minutes avant de recevoir l'ordre d'y aller semblaient être des heures. Personne ne parlait. Et la pression montait. On prenait de plus en plus conscience de ce que nous nous apprêtions à faire.

Puis tout à coup, l'ordre est tombé.

On a sauté de la Jeep et on a courru dans la boue jusqu'au lieu où Jackie était couchée, mais pas tout à fait endormie. Car on peut par réellement l'endormir, elle est trop grosse, et une trop forte dose du produit peut la tuer. Elle était juste "stone", mais consciente. Et c'est là qu'on intervenait. Pendant que les rangers et les vétos attachaient une corde autour du petit pour pouvoir le sortir du ventre de sa mère, nous devions nous agenouiller sur le cou de Jackie, pour l'empêcher de bouger. Et là, on réfléchit plus à rien, on agit, parce qu'on sait que sa vie est en jeu. On sentait sa peur et sa douleur comme si c'était la notre, on appuyait de toutes nos forces quand elle bougeait lorsqu'ils essayaient de sortir le petit, et pendant les courts moments de répit, on la caressait, on lui disait des mots doux qu'elle comprenait sûrement pas, mais peu importe, on le faisait quand même. Puis rapidement, les vétos ont réussi à sortir le petit. Et nous sentions le pouls de la mère sous nos doigts ! Elle était en vie ! A partir de ce moment là, tout est allé très vite. Les vétos ont passé une corde entre les pattes et sous le cou de la girafe pour la tourner, afin qu'elle ne nous charge pas lorsqu'elle allait se relever. Si elle se relevait. Quand un de nos rangers a dit ses mots, la peur nous a envahit. On pouvait pas avoir fait ça pour rien ! On l'a tournée, on s'est écartés un par un, et le véto a fait la piqûre pour la réveiller. 30 secondes interminables se sont alors écoulées, où tout le monde retenait son souffle. Puis tout à coup, Jackie se lève, maladroitement, puis part en courant loin de nous, saine et sauve ! Nous avions réussi ! Tous ensemble, unis, nous l'avons sauvée ! Nous n'avons pas pu sauver son bébé, certes, mais elle est en vie, et elle va bien maintenant ! Nous lui avons promis encore de belles années dans la réserve, et peut-être que dans quelques années, elle nous fera un beau bébé en pleine forme !! Vous pouvez pas imaginer ce qu'on ressent dans ces moments-là. Tout y passe, le stress, la peur vicérale, la pitié, la douleur, puis la joie, l'euphorie, la fierté. La fierté d'avoir fait quelque chose de beau. D'avoir donné de nous-même pour sauver cette girafe. C'était vraiment une expérience hors norme, et merveilleuse.

 

La fierté d'avoir fait quelque chose de beau : sauver une girafe.

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